Amina Kouyaté est coiffeuse afro depuis 18 ans. Originaire de Conakry (Guinée), elle a ouvert son salon à Lyon il y a 12 ans et s'est imposée comme l'une des références de la coiffure africaine en France. Avec plus de 40 000 abonnées sur Instagram et une clientèle qui traverse parfois plusieurs centaines de kilomètres pour la voir, elle nous a accordé un entretien généreux sur son art et les secrets de beauté des femmes africaines.
Amina, comment décrivez-vous votre rapport à la coiffure africaine ?
La coiffure africaine, pour moi, c'est d'abord un héritage. Ma grand-mère me tressait les cheveux depuis que j'avais 4 ans, et sa mère avait appris d'une longue lignée de femmes. Quand je prends la tête d'une cliente entre mes mains, je sens cette continuité. Ce n'est pas juste de l'esthétique — c'est de la transmission culturelle. Et quand la cliente part avec ses belles tresses ou ses locks parfaits, il y a quelque chose de profond qui s'est passé.
Quels sont les secrets beauté des femmes africaines que vous transmettez à vos clientes françaises ?
Le premier secret, c'est l'hydratation. Les femmes africaines savent que les cheveux crépus et bouclés sont naturellement plus secs que les autres types capillaires. Alors elles hydratent, hydratent, hydratent. Huile de karité le soir, spray leave-in le matin, soin nourrissant chaque semaine — exactement les ingrédients détaillés dans notre guide des soins naturels pour peau noire : karité, huile de coco, aloe vera. Le deuxième secret, c'est la patience. En Afrique, on n'est pas pressée avec ses cheveux. On prend le temps de les coiffer correctement, d'hydrater avant, de démêler avec douceur. Les cheveux crépus n'aiment pas la violence.
Quelle est selon vous la coiffure africaine la plus difficile à réaliser ?
Sans hésitation, les micro-tresses. Quand je dis micro, je parle de sections de 2 à 3 millimètres — des tresses aussi fines qu'un stylo. Une tête complète peut prendre entre 8 et 12 heures selon la longueur. C'est un travail de fourmi, mais le résultat est absolument spectaculaire. Ces tresses peuvent se coiffer de mille façons — chignon, queue de cheval, attachées en arrière — et elles tiennent souvent plus longtemps que les autres styles. Quand une cliente ressort avec des micro-tresses parfaites, c'est une satisfaction immense.
Comment choisir les bonnes extensions pour ses tresses africaines ?
C'est une question fondamentale et beaucoup de femmes font des erreurs ici. D'abord, la qualité de la fibre. Pour les box braids et les knotless, je recommande le kanekalon de bonne qualité — léger, naturel au toucher, pas de brillance plastique. Pour les twists type senegalese, le marley hair ou la fibre "expression" donne un rendu plus soyeux. Pour les faux locs, la fibre nu-locs est excellente. Ensuite, le poids : trop d'extensions, et les tresses tirent sur le cuir chevelu et cassent les cheveux. Je n'utilise jamais plus de 2 paquets d'extensions pour une tête, même pour une cliente qui veut un volume XXL.
Quelles tendances voyez-vous émerger en 2026 dans la coiffure africaine ?
Ce qui me frappe le plus, c'est le retour aux racines dans le sens littéral du terme. Les femmes veulent incorporer leurs propres cheveux naturels dans leurs coiffures plutôt que de tout cacher sous des extensions. Les knotless braids répondent parfaitement à ça — la transition est imperceptible entre le vrai cheveu et l'extension. Pour celles qui franchissent ce pas, j'envoie toujours vers un bon guide de transition capillaire vers les cheveux naturels afro — c'est un parcours qui demande du savoir. Je vois aussi beaucoup plus d'ornements traditionnels : cauris, perles de bois, fils d'or, fils de couleur tressés dans les nattes. C'est magnifique et ça revient de loin — ces ornements étaient courants en Afrique de l'Ouest avant de disparaître sous l'influence des codes esthétiques occidentaux.
Que répondez-vous aux femmes africaines qui hésitent encore à assumer leurs cheveux naturels ?
Je leur dis que leurs cheveux sont extraordinaires. Le cheveu crépu est le plus résistant, le plus polyvalent, le plus expressif qui existe. Aucune autre texture capillaire ne peut former des tresses aussi parfaites, des nattes aussi durables, des locks aussi majestueux. Pendant des décennies, on nous a fait croire que nos cheveux étaient "difficiles" ou "non coiffables". C'est faux. Ce sont les techniques qu'on utilisait qui n'étaient pas adaptées — défrisants agressifs, chaleur excessive, manque d'hydratation. Quand vous apprenez à travailler avec vos cheveux naturels et non contre eux, vous découvrez une beauté et une force que vous n'imaginiez pas.
Un dernier conseil pour les femmes qui veulent commencer leur parcours cheveux naturels ?
Commencez par vous éduquer. Observez votre type de cheveu — est-il 4A, 4B, 4C ? Chaque sous-type crépus a des besoins légèrement différents. Ensuite, simplifiez votre routine : un bon shampooing sans sulfate, un après-shampooing hydratant, une huile naturelle pour sceller l'hydratation. Pas besoin de trente produits. Et surtout, entourez-vous de communautés positives — les groupes de femmes en transition capillaire sur les réseaux sociaux sont une source incroyable d'inspiration et de conseils pratiques. Votre parcours cheveux naturels sera l'un des plus beaux voyages que vous ferez — un voyage vers vous-même.
Cet entretien avec Amina Kouyaté illustre ce que Beauté d'Afrique défend au quotidien : la coiffure africaine est un art, une culture et un acte politique de fierté identitaire. Pour aller plus loin, découvrez notre guide complet des coiffures africaines tendance 2026.